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«Nous avons été séduits par
l'aspect humble de la proposition» dit frère
Lucien, cellérier de l'abbaye
d'Oka, un
des trois cisterciens membres du jury du
concours architectural.
«Sur les images et les plans, le nouveau
monastère sort du paysage comme s'il avait
toujours été là. C'était très important pour
nous de respecter ce lieu d'une beauté
exceptionnelle.»
Le domaine
situé près de la rivière L'Assomption, dans
la région de Lanaudière, a été acheté à la
famille Gadoury, fondatrice de la Station
touristique de la Montagne-Coupée, dans les
années 70.
«Les moines voulaient un monastère dans la
nature, et nous allons essayer de respecter
cette volonté au maximum»,
enchaîne
Vladim Siegel, chargé du projet chez Pierre
Thibeault architecte. Il décrit les
cisterciens comme des gens
«extrêmement ouverts, informés, cultivés»,
qui lisent les journaux et utilisent
Internet. Il peut d'autant plus en parler
qu'à l'instar de tous les finalistes du
concours, il a dormi à l'abbaye d'Oka,
histoire de se familiariser avec la vie
monastique et ses sept offices quotidiens,
vie à laquelle il fallait offrir un cadre.
«Dans notre milieu, on pousse rarement le
zèle professionnel jusqu'à coucher chez le
client pour mieux comprendre ses besoins»,
commente alors en rigolant Philippe Drolet,
fondateur de PHD architecte, mandaté par les
moines pour organiser le concours. Lui aussi
s'est isolé à la trappe d'Oka pendant
quelques jours, dans son cas afin de
peaufiner le programme qui définit l'abbaye
comme un lieu de contemplation simple et
dépouillé, selon la longue tradition
cistercienne, mais aussi comme un lieu de
pérennité, construit dans l'optique du
développement durable.
«Les moines préconisent le rendement des
bâtiments dans une optique globale»,
dit le
document de PHD énumérant les critères de
démarcation:
«consommation d'énergie, incidence
environnementale, santé, confort et
productivité des occupants, rendement
fonctionnel, durabilité, adaptabilité,
exploitation».
Le programme
prévoit même la récupération du mobilier
d'Oka..
Le concours
a finalement attiré une soixantaine
d'esquisses préliminaires anonymes déposées
par des équipes québécoises. L'Atelier TAG
et l'étude de Louis Brillant architecte,
l'Atelier BRAQ et Nature Humaine ont
également atteint l'étape décisive. Deux
mentions ont été attribuées, une au
consortium formé par Anne Bordeleau
architecte et MEDIUM, l'autre à Croft
Pelletier, architectes.
La
superficie brute de l'abbaye proposée par
Pierre Thibeault dépassera les 4000 mètres
carrés. Le budget prévisionnel totalise les
neuf millions de dollars. Idéalement, la
construction comme telle s'échelonnera
d'avril 2005 à mai 2007.
Pour réaliser ce rêve, les
cisterciens doivent vendre leur domaine
d'Oka. Le site situé tout près de Montréal
compte une dizaine de bâtiments et environ
400 hectares de terres. Des promoteurs
ont visité les lieux et des offres fermes
pourraient suivre les études de potentiel
d'exploitation en cours. Le frère Lucien
refuse de commenter l'hypothèse voulant que
le tout vaille bien au moins neuf millions,
l'équivalent de la somme bientôt dépensée,
si Dieu le veut...
«Ce que je peux dire, cependant, c'est que
nous ne commencerons pas la construction de
la nouvelle abbaye avant d'avoir vendu le
vieux monastère,
commente-t-il. Nous
déménagerons au plus tôt au printemps 2007.
À Oka, le bruit nous dérange,
particulièrement celui de la route 344. Nous
avons donc bien hâte de nous retrouver dans
le silence et la solitude de Saint
Jean-deMatha... »
Le journal « Le Devoir », Montréal,
le 3 octobre 2004
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