Premier monastère ( au 1600 Chemin d'Oka à Oka,
Québec.)
Quelques dates de notre histoire
En 1881, huit
Trappistes quittent labbaye de Bellefontaine en
France pour venir fonder au Canada. Un vaste terrain leur a été concédé par les
Sulpiciens sur leur Seigneurie
des Deux- Montagnes. C'est le 9 novembre 1881 que les moines ont pris possession de leur
premier véritable monastère, après avoir occupé quelques mois la petite maison du
meunier Gagnon et de sa famille. Construit en bois au sommet de la colline Saint-Sulpice,
ce premier monastère devait devenir quelques années plus tard la première École
d'agriculture d'Oka désignée sous le nom d'Institut Agricole d'Oka affilié à
l'Université de Montréal.
Fondations :
En 1892, la
communauté déjà nombreuse, pouvait envoyer quelques religieux établir un nouveau
monastère à Mistassini.
En 1977, un groupe de moines part pour une fondation
à Georgetown en Ontario. Après avoir transféré le monastère à Orangeville en
1980 cette maison sera finalement fermée le 1er septembre 1998.
Cîteaux
Neuf siècles d'histoire
Moines et moniales
cisterciens célèbrent en 1998 le neuvième centenaire de leur fondation. C'est en
effet au printemps 1098 - le 21 mars, alors fête de saint Benoît que 21 moines quittent
le monastère de Molesme pour s'établir Cîteaux (non loin de Dijon, en France) et
fondent le « Nouveau Monastère». Sous la sage direction des trois premiers abbés
Robert, Albéric et Etienne, et la forte impulsion donnée par Bernard de Clairvaux, la
nouvelle fondation commence à essaimer d'abord en France et en Angleterre, puis bientôt
dans toute l'Europe. En sorte qu'à la mort de saint Bernard (1153), le nouvel Ordre,
appelé Ordre Cistercien, compte pas moins de 350 monastères.
Qu'est-ce qui explique le succès et l'expansion rapide de ces «
moines blancs», comme on les appelle parfois pour les distinguer des « moines noirs »,
c'est-à-dire des moines bénédictins? C'est qu'ils ont su donner une nouvelle expression
et une nouvelle vitalité au monachisme traditionnel en lui assurant un cadre de vie, de
doctrine et de spiritualité en accord avec les aspirations de leurs contemporains. Retour
à une vie pauvre et simple, basée sur le travail manuel des moines; insistance sur la
dimension communautaire de la Règle de saint Benoît, faisant du monastère une «école
de charité», large place faite à l'expérience spirituelle, intégrant la dimension
affective de la personne, comme en témoignent les écrits spirituels de Bernard de
Clairvaux, Guillaume de Saint-Thierry, Béatrice de Nazareth, sainte Gertrude et plusieurs
autres. . . ce sont là quelques valeurs importantes léguées par les premiers
cisterciens à leurs successeurs et à l'Église entière.
Solidement fondé sur ces bases spirituelles mais aussi sur une
organisation juridique et administrative efficace, l'Ordre cistercien a traversé les
siècles, non sans connaître les aléas de l'histoire, les époques de déclin, de
décadence et de renouveau successifs. Signalons, en 1892, l'émergence d'une nouvelle
branche, à l'intérieur de la famille cistercienne: trois congrégations existantes se
regroupèrent pour former l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance (O.C.S.O.). Ce
regroupement s'inscrivait dans le mouvement de réforme issu du monastère de La Trappe
(en France) et de son supérieur, l'abbé de Rancé. D'où le nom de «Trappistes »
donné traditionnellement aux monastères issus de cette réforme. En sorte que la famille
cistercienne compte aujourd'hui deux Ordres juridiquement distincts : l'Ordre Cistercien
(O.C.) et l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance, provenant de la même source et
communiant aux mêmes valeurs spirituelles fondamentales, ainsi que quelques monastères
autonomes bénéficiant d'une affiliation spirituelle. L'O.C.S.O., auquel appartient
l'abbaye d'Oka, compte actuellement 162 monastères (96 monastères d'hommes et 66
monastères de femmes répandus à travers le monde (dans près de cinquante pays, sur les
cinq continents, et regroupant 3000 moines et 2000 moniales.
Ce sont donc ces moines et moniales bien vivants qui célèbrent à
travers le monde leur histoire multi-séculaire, mais plus encore le Dieu qui les a
appelés à communier à sa vie et à sa joie! Dans les divers monastères cisterciens,
cette année jubilaire s'est ouverte par une célébration eucharistique en mémoire des
saints fondateurs - Robert, Albéric et Étienne - le 26 janvier 1998. Diverses autres
célébrations sont prévues au cours de l'année.
L'année internationale de l'élimination de la
pauvreté, incluant.....La pauvreté spirituelle
Nous avons tranché la
gorge de sept moines, affirme un communiqué du Groupe islamique armé (GIA), le
plus radical des groupes islamistes algériens. Les sept moines trappistes français
avaient été enlevés en mars dernier près de Médéa en Algérie. Le GIA proposait un
échange de prisonniers à la France, sinon les religieux en paieraient le prix. Le
Président français refusa toutes formes de négociations avec le groupe terroriste. C'en
était fait des otages. Leur mort était un acte de représailles.
Ces assassinats ont provoqué stupeur, indignation et
condamnation dans le monde entier. Les sept religieux ont choisi de vivre leur foi
en Algérie et de consacrer leur vie à la prière. Ils méritent le respect de tous,
ont proclamé les responsables du Quai d'Orsay. Ils avaient choisi de vivre en Afrique du
Nord pour témoigner d'une entente possible entre chrétiens et musulmans. Ils avaient
pour nom Paul Dorchier, un médecin, le père prieur Christian-Marie de Chergé et les
frères Christophe Le Breton, Paul Fabre Miville, Michel Fleury, Célestin Ringeard ainsi
qu'un moine de Fès, au Maroc, le père Bruno. Ils n'ont pas choisi de mourir mais
ils ont choisi de rester pour être avec ce peuple et cette terre où ils sont le signe
volontaire de l'amour qui vient de Dieu affirmait Mgr Lustiger, archevêque de
Paris. Ils étaient des hommes de Dieu, des hommes de prière, des hommes de paix.
Ils font maintenant partie des 18 religieux assassinés depuis 1993.
Que dire après un tel massacre ? Qu'écrire devant une telle
ignominie.?
Une des plus grandes richesses de ce monde devrait être l'équilibre humain et spirituel
auquel est parvenue une bonne partie de l'humanité. Tant de siècles d'évolution depuis
le grand boum initial. La fierté du monde se reconnaît normalement dans ses acquis
spirituels. Certains groupes en sont-ils totalement démunis? Ou est-ce l'exception qui
confirme la règle?
Mais alors, quelle pauvreté spirituelle!
Lorsque l'on parle de richesses humaines on fait référence à l'intelligence des
peuples, à la créativité de leurs élites, à la magnanimité de leurs chefs et à la
grandeur d'âme de leurs guides spirituels. Une des fines fleurs de cette richesse
s'appelle la gratuité. Elle est faite d'ouverture à l'autre, de don de soi, de foi,
d'espérance aussi. Elle mise constamment sur l'intériorité pour parvenir à maintenir
l'équilibre si fragile entre la passion de l'avoir et celle de l'être, entre le désir
de service et celui de la puissance, entre l'intolérance, fruit de l'ignorance, et
l'acceptation de l'autre, fruit de la sagesse.
Ils étaient sept à avoir misé leur vie sur la gratuité. Sept
à vouloir partager leur cheminement spirituel avec d'autres frères et soeurs en
humanité. Sept à croire que les richesses spirituelles feraient avancer le peuple
algérien plus que des monceaux d'or et d'argent. Dans l'ombre de leur monastère, ils
croyaient que cette partie de leur humanité tournée vers le sacré pouvait sauver le
monde. Ils n'étaient pas partis en terre africaine en conquérants. Ils ne s'adonnaient
pas au prosélytisme sournois dans le but de convertir des frères musulmans. Tout ce
qu'ils désiraient, c'était d'être accueillis afin de partager l'avancée commune en
humanité. Une conviction profonde les habitait : le fait de s'approcher de l'Unique, Dieu
ou Allah, apporterait la paix. Ils en témoignaient, mystérieusement incarnés dans la
culture africaine.
La majorité de la population en était consciente. Les gens les
savaient respectueux de leurs traditions et de leurs croyances. C'étaient des hommes de
Dieu, en quête d'un bien supérieur, dont la vocation était supposée rapprocher les
êtres humains. La grande majorité des Algériens et des Algériennes les avaient perçus
et accueillis comme tel. Ces "fous de Dieu" avaient choisi de vivre leur idéal
loin de leur pays, loin de leurs familles car ils croyaient en la fraternité universelle.
Ils se voulaient des témoins de lumière.
Ils ont rencontré les témoins des ténèbres. Ce groupe
d'intégristes algériens, eux aussi croyants, eux aussi engagés, nourrissent un désir
de conquête. Fanatiques convaincus, ils n'ont cure de la miséricorde envers l'étranger
incroyant. Ils ont un combat à mener : celui de la pureté de la Foi (ou pureté de la
race spirituelle). Il n'y a pas de compromis; celui-ci serait pour eux signe de faiblesse.
Pour eux, les non-croyants (en Allah) sont des ennemis car ils portent en eux des semences
de faux dieux. Du moins, est-ce leurs discours officiels : bien sûr, il s'agit aussi et
surtout de pouvoir. La guerre spirituelle qu'ils mènent s'inscrit au coeur même du
conflit algérien. Celui-ci fait rage depuis deux décennies et il a sa part de martyrs,
d'un côté comme de l'autre. Intégristes et policiers s'affrontent : pions sacrifiés à
des convictions diamétralement opposées. Mais ces cadavres nationaux ne suffisent pas
aux chefs ambitieux. Ils exigent des morts exemplaires pour les jeter à la face du monde
: un excellent moyen d'éveiller la conscience internationale.
Sept morts exemplaires : Il vaut mieux qu'un seul meure
pour la multitude avait déjà dit Caïphe au sujet du Christ. Oui, ils étaient
sept en quête d'absolu. Ils ne voulaient que partager leur découverte du sacré. Ils ont
été sacrifiés au Dieu de l'intolérance.
Curieusement, pour nombre de croyants, ils ont réalisé ce pour
quoi ils avaient tout quitté : éliminer un peu plus la pauvreté spirituelle. Ils
avaient accepté par avance leur éventuel martyre. Ils vont demeurer un symbole de paix
à la manière de Celui qu'ils ont toujours voulu suivre.