Je
devais avoir onze ans, lorsqu’un jour, en me promenant avec un de mes
amis plus âgé que moi, j’ai ramassé, à la sortie de l’épicerie, un
morceau de papier froissé de couleur brune. En le dépliant, je
découvris, avec beaucoup d’agitation, tout le plaisir d’avoir trouvé un
billet de deux dollars. N’ayant pas eu le temps d’exprimer toute ma
joie, mon compagnon aussitôt me dit l’avoir perdu le matin même et,
sur-le-champ, me l’enlève des mains pour s’enfuir chez lui. Furieux, je
l’ai traité de voleur et de beaucoup d’autres noms que les années m’ont
fait heureusement oublier. J’ai éprouvé envers lui de l’antipathie, de
la haine et de la frustration. Ce fut la fin de notre amitié et le début
de mon initiation à la méfiance envers autrui, à la rancœur, à la
vengeance et à l’hostilité envers la malhonnêteté, l’injustice et
l’inimitié.
Avec les années, je me rendis compte que l’agressivité et l’hostilité
accumulées me faisaient plus de mal que le fait d’avoir été volé. J’ai
compris aussi que cette antipathie m’empêchait d’être heureux et que le
pardon pouvait soustraire de mon cœur le mal qui gênait l’épanouissement
de l’amitié. C’est en récitant ce passage du Notre Père :
« Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui
nous ont offensés » que j’ai réalisé, que si je veux être
pardonné, il faut d’abord que je pardonne. Ma souffrance ne s’est alors
dissipée que par le pardon. Ce geste d’amour m’a fait recouvrer la paix
et la sérénité. Comme l’a si bien dit l’oncle Ben, capucin, dans le
Messager de Saint-Antoine, avril 1999 :
« Le pardon augmente notre capacité d’aimer, tandis que le repliement
sur soi envenime la blessure, rétrécit notre rayon d’amour et éteint
notre joie».
Plus tard, j’ai appris que lorsque j’ai offensé mon prochain, la
conduite la plus libérante de mes tourments, la plus fructueuse pour le
cœur, l’âme et l’esprit, était celle du sacrement du pardon. Le pardon
qui m’apporte la paix de l’âme et la tranquillité de l’esprit. Il me
libère de cette tension d’offensé, de victime lésée surtout dans mon égo,
mon orgueil. Ainsi compris, le pardon devint alors le geste d’amour qui
m’a fait découvrir la lumière et obtenir la guérison et la paix. La première personne à bénéficier du pardon, c’est celle qui pardonne. J’ai alors pris conscience que la victime, le grand malade, ce fut
l’agresseur. Comme l’a si bien dit Henri Lacordaire : « Voulez-vous être heureux un instant ? Vengez-vous. Voulez-vous être
heureux toujours ? Pardonnez ».
Bref, vous qui aurez accepté de pardonner, vous éprouverez cette
chaleur mystérieuse, cette grande satisfaction qui n'est réservée qu’à
ceux et celles qui ont accepté de dire comme le Rédempteur :
« Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font» (Le 23, 34).
Que
tous ceux qui ont été offensés, trouvent enfin
dans le pardon, la lumière, la paix et la sérénité.